Saturday, March 8, 2008

La fete du sacrifice


La fête du sacrifice relate l'obéissance d'Ibrahim (Abraham) vis-à-vis de Dieu, quand ce dernier lui demande de sacrifier son fils unique Isaak. En bonne chrétienne je me souviens bien-sûr que Dieu avait épargné Isaak et qu'une chèvre ou un agneau a été sacrifié à sa place. Cette fête est alors aujourd'hui chez les musulmans ici la fête de la viande. Lors de cette fête tout la monde mangera de la viande (denrée chère et rare, que la plus grande partie de la population ne mange pas souvent). Si 20 Millions de gens au Caire vont manger de la viande ce jour, il y aura bcp de bovins, d'agneaux, etc, qui ne verront pas le lendemain.
Et effectivement: les rues autour des marchés se transforment en abattoirs. Moi, qui n'a jamais vu tuer un boeuf, (seulement des pauvres petits cochons en Indonésie) je suis à présent spécialiste dans la matière.
Le tout commence un matin, alors que je me suis mise en route pour explorer le quartier des souks et que je me perds dans ce qu'on pourrait appeller la 'Grande rue des Bouchers'. En coin de rue je vois une agitation frénetique et une foule de gens qui regarde. Une équipe d'une dixaine de bouchers sont en train de découper 2 grands boeufs. J'admire l'efficacité et le team-work et je glande pour observer. Entretemps un spectateur m'explique que les animaux appartiennent à des individus, qui viennent ici pour les faire abattre et découper.
Je m'apperçois alors d'une vingtaine de jeunes tauraux bien vivants attachés un peu plus loin et j'ai quelques soucis quant à leur destin. Effectivement ils attendent leur tour.
Ma curiosité gagne sur mon dégoût et j'assiste à l'égorgement des 4 bêtes suivantes. L'acte en lui-même n'est pas spectaculaire. On tranche la gorge et on laisse écouler le sang. L'animal meurt sans manifestation particulière de souffrance. Ce qui est impressionnant, c'est la quantité de sang qui coule de 4 boeufs tués en même temps. Je suis reconnaissante des températures hivernales. Je n'aurais pas aimé assister à la même scène par des 40 dégrés avec l'odeur et les mouches en conséquence.
L'équipe des bouchers travaille de façon tout à fait admirable. Chaque geste est maîtrisé, aucune bavure, aucune coupe dans l'intestin, pas de merde qui se déverse. L'adresse et la précision des actes m'impressionnent. Ils connaissent leur anatomie et savent doser la force. Et on ne chôme pas! Les bêtes sont débités en un temps record et c'est le tour des suivants.
Partagée entre dégoût et fascination je prends bcp de photos, ce qui semble stimuler d'avantage les protagonistes. J'espère qu'ils ne se couperont pas dans les doigts à cause de moi. Je suis un peu le centre d'intérêt du public, qui est super-sympa et bien blagueur. C'est la joie d'un bon repas en perspective! (Elle a hélas des manifestations un peu spéciales: on 'décore' des voitures d'empreintes de mains ensanglantées!)
Malheureusement il y a quand-même un Monsieur, mieux habillé que les autres et vraisemblablement plus instruit, qui trouve utile de me demander dans son anglais impeccable, pourquoi je prends des photos et si cela ne jettera pas une lumière négative sur le pays. Couillon!

J'avais remarqué qu'on amenait les têtes et les pattes des bêtes dans des grands sacs. C'est en continuant ma ballade que je découvre ce qui en devient: Il y a de toute apparence des gens spécialisés sur le traitement de ces derniers. Dans les ruelles adjacentes beaucoup d'échoppes font bouillir de l'eau dans d'énormes marmites. C'est là qu'on va ébouillanter les pattes avant d'en enlever poils et ongles. Quant aux têtes, c'est avec des coups de hache qu'on enlève la calotte du crâne pour récupérer le cerveau (étonnement petit), puis scinder la tête en deux etc.
La journée avance et c'est à tous les coins de rue qu'on tue des bêtes. Le sang entretemps forme des ruisseaux sur la chaussée et l'air est saturée de l'odeur des marmites où s'ébouillantent les pattes. Je suis sure que même les chats de quartier se feront ce soir une indigestion.
Tout les bouchers ne travaillent pas aussi bien que les premiers et je vois quelques belles 'boucheries', qui me révoltent.
J'avoue que je commence à avoir la gorge serrée et à être un peu saturée. Peut-être que 20 Millons de gens au Caire mangeront de la viande ce soir; j'en connais une qui ne le fera pas! Ma fête consistera en un plateau de friandises arabes, un vrai pêché!
Le lendemain une petite pluie matinale a transformé la poussière abondante de la ville en une couche grasse et gluante, qui rend la marche précaire. Le sang qui y est melé n'arrange rien…(Non, je ne veux pas glisser et tomber par terre!!!)

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