Une longue route m’attend. D’abord vers Dachla, un autre oasis, qui ne m’impressionne pas bcp. Puis le bus vers Assyut, où je veux prendre le train pour Luxor. Dès l’arrivée à la station de bus je suis prise en charge par un agent de la police touristique, qui ne me quitte plus d’un pas. Il m’accompagne à la gare, reste devant l'établissement, où je prend un thé et m’accompagne méme jusque devant les toilettes. Je vois un autre touriste, un jeune Japonais, qui lui aussi a son escorte. Oui, oui, le touriste est précieux et doit être protégé. Assyut est un centre d’extrémistes. A quatre nous attendons pendant 2 heures le train en provenance du Caire. Quand il arrive le garçon japonais et moi sommes pas mal contents d’avoir ‘nos’ policiers, qui nous frayent un chemin à travers la foule qui se jette vers les portières du train, et nous aident à monter et à trouver une place. Je décide de me gâter et de voyager en première classe, contre toutes mes habitudes. Trop tentant de voir ce grand fauteuil comfortable, alors que la foule se bouscule en 2ème. Et j’ai bien fait: quand je descends à Luxor, après 6 heures de pure détente, je me rends compte, que personne n’est jamais venu pour me vendre un billet. Bonne affaire.
C’est à Luxor que je sens le plus ‘le baiser des pharaons’: les antiquités font partie intégrante de la vie quotidienne. Le grand temple de Luxor domine la ville et celui de Karnak se trouve à quelques km seulement.
Sur la rive ouest du Nile les colosses de Memnon surveillent les vallées des rois, reines et nobles. La vue des ces flancs de collines, inchangée depuis des millénaires, confère à la ville une atmosphère de sérénité intemporelle.
Hélas ces beaux sentiments sont desagréablement perturbés par le comportement des habitants. Confrontés à un défilé inintérompu de troupaux de touristes organisés, ayant beaucoup d’argent (du moins en comparaison avec l’égyptien de la rue) et pas la moindre idée des moeurs et coutumes du pays, les habitants de Luxor ont pris l’habitude de profiter au mieux du peu de temps don’t disposent ces gens entre leurs visites des antiquités, pour leur extraire un maximum de sous. Encore une fois, le gouvernement a fait de gros efforts pour limiter le harcèlement et la crainte de la police touristique est évidente. Il suffit souvent de lever la voix pour obtenir la paix et des excuses en profusion. Mais qui veut devoir lever la voix toutes les quelques minutes.
Le comportement vis-à-vis d’une femme seule dépasse carrément toutes les limites imaginables. Le mieux que j’ai entendu était un soir en passant dans une rue un peu sombre quelques adolescents qui me proposent: ‘Madam, come here, fuck here.’ Je me dis qu’ils ne savent pas très bien ce qu’ils disent et je les ignore. Par la suite je prends l’avis des gens habitant Luxor, qui m’assurent que, si, si, ils savent TRES bien ce qu’ils disent.
Il est un fait qu’il existe un nombre non négligeable d’Européennes d’un certains age qui semblent sensibles aux charmes des éphèbes autoctones. Je m’interdis toute indignation en me disant que si on accepte si bien la Thailande pour les hommes, pourquoi pas l’Egypte pour les femmes. Mais je ne sais pas si la demande justifie l’offre. Devoir supporter n’importe quelle familiarité de n’importe qui me révolte au plus haut dégré. Je n’ai plus du tout envie de me faire apprendre par des gamins de 19 ans ce don’t j’ai besoin pour mon bonheur (egyptian husband, very strong!) ou de me faire appeller ‘darling, baby, my love et my flower’ par chauffeurs de taxi, capitaine de felouque ou d’autres jeunes étalons aux pantalons bien remplis. (Ai-je vraiment l’air si mal-baisée??) Je passe donc à l’attaque et je leur fais comprendre à très haute voix –de façon à attirer l’attention de bcp de monde et qui sait d’un policier..- à quel point j’estime leur comportement inadéquat et vexant et je menace de les signaler à la police touristique. L’effet est immédiat et à action prolongée: on a dû se le dire: ‘la grande conasse n’est pas marrante, il vaut mieux la laisser tranquille’. J’ai alors la paix, ou quasi, pour le reste du temps. Bonne chose, car je passe une dixaine de jours à Luxor, vue que notre ami Maurice Merchie y a son splendide cocktail-bar dans un houseboat sur le Nile: excellente companie donc en soirée dans un cadre recherché et soigné à l’européenne, où mêmes les toilettes sont élégantes et fonctionnent correctement –cela me change bien des derniers mois- et j’en profite à fond!
En journée j’explore Luxor à pied ou en vélo, en essayant –mais pas toujours avec succès- d’éviter les cars qui déversent leurs chargement de troupeaux touristiques.
Comme je ne suis pas pressée, je prends beaucoup de temps pour visiter un site. Dans l’immense temple de Karnak par exemple, je suis pendant un moment les troupeaux venus des 4 coins du monde avec leurs guides. Pour ne pas me faire remarquer je joins différents groupes à tour de role, les allemands, français, anglophones. Tous les guides ont leurs blagues habituelles- toujours les mêmes- que les obéissants troupeaux accueillent en riant sagement. Que cela m’irrite. Je sais, je manque de tolérance.
Puis je m’installe avec mon livre dans un coin stratégique et je me laisse empreigner par l’atmosphère du site en attendant que les troupeaux sont emmenés pour se faire nourrir. C’est alors que je refais un tour tout à mon aise. Ce qui m’impressionne le plus est le contraste entre le gigantisme de la structure du temple d’un côté, la finesse, la grace, la subtilité des décorations de l’autre.
Malheureusement mon vieil appareil photo vient de rendre l’âme et le souvenir que je ramènerai de Luxor ne se trouvera que dans ma tête.
Je rend visite au musée de Luxor, qui déjà lors de mon dernier voyage en 91 m’avait fait grand impression. Entretemps il a encore été retravaillé et est à présent un joyaux tout simplement. Je ne sais pas si je suis chanceuse ou s’il ne se trouve pas sur la liste des endroits à visiter pour les troupeaux; en tout cas j’y suis tout à mon aise, à peine d’autres visiteurs.
Je me suis sentie rarement entourée d’autant de beauté crée par l’homme. L’émotion que je ressens est celle que me donnent autrement les paysages grandioses, la nature intouchée. Les sculptures exposées –en nombre reduit- ont été choisies d’après les plus hauts critères. Grandes ou petites, pour la plûpart elles sont simplement parfaites et d’ailleurs présentées de façon à leur rendre hommage. Je suis très émue et desormais amoureuse de Tutmosis II, grand guerrier de petite taille (1m50), qui n’aurait jamais perdu une bateille, raison pour laquelle il est toujours réprésenté jeune et magnifique.
Je décide de ne plus visiter les tombes de la rive ouest. J’en ai un souvenir très vivant et je sais que rien que ma respiration nuit aux peintures. Par ailleurs, claustrophobe que je suis, la visite avait été assez éprouvante pour moi la dernière fois. Je me contente donc de faire une ballade interminable dans la paix de la rive ouest, à travers les champs de canne à sucre sous le regard bien-veillant de la grande Hatchepsut (la vilaine momie aux mauvaises dents) et de tous les autres sommités ayant trouvé leur dernier repos dans ce flanc de montagne truffé de tombes.
Mon doux séjour à Luxor se termine, car la date de mon vol pour l’Australie approche. Je n’ai pas pris la peine de réserver mon train pour le Caire et je suis punie pour mon éternelle insouciance: les trains sont tous complets et je dois subir un trajet de nuit de 12 heures en bus. Je ferai mieux attention la prochaine fois.
En revanche mon vol vers l’Australie se passe super-bien. L’avion du Caire à Singapore est à 2/3 vide; je dispose donc de trois places et je dors bien. (Zut, on arrive déjà, je n’ai même pas regardé de film). Les 3 heures d’escale me permettent de remplacer mon appareil photo; l’évolution est remarquable: la petite merveille super-intelligente que je m’offre, coûte la moitié du prix de mon ancien appareil et a des performances 10x supérieures.
Internet est gratuit à l’aeroport de Singapore et j’y passe le reste du temps de mon escale. J’arrive à Perth dans les heures ingrates de la nuit vers 3h30 et je dors un peu à l’aeroport, le temps que la ville se réveille, que la cafétaria ouvre et que je reçois in petit déj. Je trouve aussi à prendre une bonne douche à l’aeroport et -du moins extérieurement- je suis donc fraîche quand je me rends en ville.
Monday, March 10, 2008
Subscribe to:
Post Comments (Atom)
No comments:
Post a Comment